Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/03/2017

Printemps...

lakevio.jpg

Voilà...
La fenêtre est ouverte, j'ai cueilli les premiers narcisses.
J'ai regardé par la fenêtre, le seul arbre du minuscule jardin a passé l'hiver sans souci.

Samedi, je suis allée au Bon Marché, j'ai vu une ravissante marinière.
Au bar, le blond des jeunes femmes était certifié "artiste capillaire".
Les sacs étaient presque tous signés et les bébés ne pleuraient pas.
J'ai oublié le temps à la librairie où les canapés sont toujours accueillants et les livres d'art tentants.

Dans ce quartier, les femmes âgées ont toutes de la discipline.
Alors elles marchent la tête haute malgré la canne.
J'ai eu envie de printemps ailleurs.
De respirer l'air de la mer.
D'entendre le cri des mouettes.
De marcher dans l'eau.

Il suffit parfois d'un rien pour se retrouver ailleurs.
Par la grâce de cette marinière, j'ai fermé les oreilles, ai oublié Paris, ai retrouvé mes dix ans.
J'étais de nouveau avec ma pelle et mon seau, ramassant des coques qui n'étaient pas encore impropres à la consommation...
 

19/12/2016

Regardez le collier.

lakevio.jpg

Vous voyez ma bouche ?
Elle est belle.
Vous voyez ma peau ?
Elle aussi est faite pour attirer le baiser.

Vous ne connaissez pas mon mari.
Le jour où il m'a offert ce collier, il était encore très amoureux.
J'avais de la chance car l'époque n'était pas à l'amour conjugal.
Les femmes enfantaient et souvent mouraient en couches.
L'homme lui, allait chercher son plaisir ailleurs.

Il était si fier de moi qu'il a fait faire ce portrait.
Je suis belle pour l'éternité...

Puis le temps a passé.
Mes rondeurs charmantes sont devenues de la graisse.
Je lui ai refusé ma couche de peur d'une nouvelle grossesse.
J'avais six enfants vivants mais combien d'enfants mort-nés ?
Combien d'enfançons sont nés, ne vivant que quelques heures ?

Ce collier est le dernier cadeau reçu.
Je suis devenue une matrone régnant sur sa demeure.
Il est devenu un mari absent.

Ce collier me présente comme une femme heureuse.
Et il m'arrive de regarder le tableau et de pleurer...

 

28/11/2016

T'en souviens tu ?

jeu,lakevio,épicerie,mémoire

Regarde ! La petite épicerie de notre enfance est fermée.
Tu crois qu'elle est morte ?

Tu dis qu'elle était vieille mais lorsque nous étions petits tous les grands nous semblaient vieux.

Oui, je sais, elle n'avait pas le genre du coin...
Je crois me rappeler qu'elle venait d'Espagne ou du Portugal.
Tu te souviens de son accent ?
Et ces sacs de jute remplis de haricots, de lentilles, de noix ou de riz ?
On devait se servir avec la "petite pelle", on en prenait toujours trop.

Elle vendait aussi du jambon, un peu de fromage, des œufs, c'était pratique pour maman.
Et puis quelquefois maman nous faisait redescendre, on détestait ça.
On descendait toujours toutes les deux car Danièle ne voulait jamais venir avec nous.
Elle habillait ses poupées ou lisait dans son coin et elle profitait de notre absence pour se plaindre de nous...

Parfois il restait un peu de monnaie alors on courait à la boulangerie s'acheter quelques bonbons.
Chaque fois, on espérait qu'elle ne s'apercevrait de rien.
Maman nous menaçait de tout raconter à papa.
Nous n'étions pas malignes ! Arriver à la maison en sentant le carambar...

P
ersonne n'a jamais repris cette épicerie...

07/11/2016

La cuisinière anglaise

lakevio,jeu,banlieue,londres

Madame lit ma lettre de recommandation.
Je sais qu'elle va vérifier auprès de Monsieur le Pasteur.
Elle apprendra sa mort, elle sera juste surprise de le voir célibataire et sans enfant. Nous avons mis la petite Emma en pension.
J'espère qu'elle survivra...

Je suis arrivée avec mes nippes et mon air de jeune fille sage.
Madame me regarde, elle a l'air crédule, tant mieux...
Je le sens, je vais avoir la place.
D'ailleurs il le faut, et puis je suis bonne cuisinière.

On me montre la cuisine.
Ça semble une bonne maison, l'arrière cuisine est pleine de denrées, le seau de crème déborde et le gibier attend.
J'ai la main d'œuvre nécessaire car Madame ne lésine pas.
Il faut dire qu'avec ses six enfants et Monsieur toujours absent, toujours à Londres pour ses affaires, elle se laisse vite déborder...

Je sais qu'elle n'apprendra pas que Monsieur le Pasteur est mort de la typhoïde ainsi que son entourage et que je suis la seule survivante.

Je suis engagée !
J'ai noué mon tablier.
Je prépare le porridge des enfants.
Ils vont se régaler...

 

24/10/2016

Camping.

Ton père a toujours été un original, vendre la maison, sans nous en parler.

Acheter une caravane et nous installer dans un coin désert, le prochain village est à dix kilomètres, sans eau, sans chauffage.
Pfff...
Ton père disait que ça allait vous endurcir.
Il avait juste oublié de prévenir qu'il ne serait pas avec nous et qu'avec l'argent de la vente de la maison il allait refaire sa vie ailleurs.
Allez ma fille, va chercher de l'eau, ça fait huit jours que vous n'êtes pas lavés, ni les uns ni les autres, que nous mangeons froid.

Je sais, nous n'avons pas d'argent.
Nous n'avons droit à aucune aide puisque je ne suis pas divorcée de ton père.
Je ne suis même pas séparée.
Comment, je joue sur les mots ? Lui est séparé, pas moi !
Non, je ne peux pas y croire !
C'est un jeu  cruel.
Ton père est parfois comme les enfants, tu sais ceux qui arrachent les ailes aux mouches mais il va venir nous chercher bientôt.

Tu dis qu'il faut que j'arrête de rêver.
Qu'il nous a laissé là l'année dernière, qu'il ne reviendra pas, que d'ailleurs il a une nouvelle femme et un bel enfant, lui.
Il ne boîte pas comme Julien, il n'est pas borgne comme Camille, il n'a pas une lippe baveuse comme Claude...
Camping, jeu, Lakevio, pluie