15/11/2019
Les sanglots longs de l'automne.
Après un été caniculaire, nous vivons un automne pluvieux, très pluvieux.
Le genre de temps qui plombe toute envie...
Nous n'avons en vue comme promenade qu'un rendez-vous chez le dentiste.
Celui de notre ancien coin.
Celui qui est en face de notre ancien chez nous.
Ancien chez nous qui continue à se dégrader tranquillement.
Le projet en cours en vue pour remplacer les arbres semble la construction d'une maison de retraite.
Les résidents seront presque contre les voies de la SNCF mais ce n'est pas grave.
On compte sans doute sur leur surdité...
J'ai donc le moral en berne sans aucune raison.
À moins que mon cerveau ne refuse de me renseigner.
Alors je lis, de petits livres sans consistance et j'écoute le silence de mon immeuble.
Ce qui me semblait un avantage quand nous sommes arrivés commence à ressembler à un inconvénient.
Pourtant cinq enfants vivent dans cet immeuble.
J'ai parfois l'impression d'être un fantôme dans ma ville.
Mon coin de Paris n'est pas Parisien, il est aux mains de AirBnB.
La vénalité et la rapacité de nombre de ces bailleurs théoriquement occasionnels mais en réalité permanents de mon coin me donnent des nausées.
1250€ pour 25 m2 au 6ème étage, ça coupe les envies de déménagements...

10:38 | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : pluie, froid, vague à l'âme
13/11/2019
Enfance.
Si j'ai accepté de vivre dans le XVIIIème arrondissement de Paris, c'est avant tout qu'il est proche du XVIIème et que quelques jours auparavant un appartement rue Cardinet nous était passé sous le nez...
Je peux parler sans crainte de la rue Cardinet car elle est longue.
Elle commence Avenue de Wagram et va jusqu'à l'avenue de Clichy.
Ce coin est peuplé de fantômes familiaux.
Fantômes devenus bienveillants avec le temps.
Je ne passe que rarement dans ma rue, quasiment jamais...
Je traîne de temps en temps le Goût rue Poncelet.
Nous y faisons parfois nos courses.
Par exemple, vendredi nous avons acheté des coquilles Saint Jacques venues tout droit de Bretagne.
Il est gentil le Goût, il ne me dit que rarement que je radote.
Je lui parle de mon arrière grand'mère, mon gentil fantôme.
Je lui parle des "Magasins Réunis", devenus la FNAC.
Je le traîne chez "POU", c'est le seul traiteur plus vieux que moi.
Le Goût me suit rue de Lévis où il ne reste que la librairie l'Astrée.
Cette librairie où enfant je ne mettais jamais les pieds.
J'allais chercher les "Signes de piste" chez un libraire d'occasion qui a fermé depuis quelques années.
Je lisais les aventures de "Prince Eric", ce garçon blond et surtout aryen.
Je ne savais pas encore que l'auteur du "Prince Eric" était d'extrême-droite...
Finalement, je ne lui parle que très rarement du Boulevard Pereire que je suivais longuement le soir en espérant atteindre la mer, les soirs où je voulais échapper à ma famille.
Famille, je vous hais.
Ou je vous aime.
Je ne sais trop, la différence est mince...

10:45 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : famille, quartier parisien, enfance
11/11/2019
Fais moi mal Johnny...
Je vous parle d'un temps que seules les grand'mères peuvent connaître.
Mon père avait survécu à la Pologne, ma mère l'avait épousé pour échapper à son beau-père.
Quand je suis née, elle n'avait pas encore vingt ans...
La guerre était finie, la Guerre Froide battait son plein.
La France, qui avait connu la faim, n'était pas contre un steak.
On ne pensait pas encore que les pets de vaches, qui mangeaient de l'herbe bêtement dans les prés, dévastaient la couche d'ozone.
On reconstruisait le pays.
Les voitures étaient rares.
Les premières voitures garées dans ma rue étaient regardées comme des vaisseaux extra-terrestres.
C'est tout juste si les enfants avaient une âme.
Rendez vous compte, ils allaient jouer au square sans accompagnateur !
A l'époque de "Salut les Copains", une de mes camarades est tombée amoureuse d'un commis boucher.
"Il ressemble à Johnny ! " disait-elle.
Comme lui il avait les cheveux blonds et les yeux bleus trop petits mais la ressemblance s'arrêtait là.
Nous passions devant "La" boucherie plus de vingt fois par jour.
Le commis se laissait admirer et ma camarade n'était pas la seule à le trouver à son goût.
Imaginez son émoi lorsqu'elle le voyait décharger les carcasses de vaches -oui la vache est plus tendre que le bœuf-.
Elle ne pensait pas alors à Rembrandt, elle ne voyait que les muscles de ce garçon.
Je trouvais qu'elle se contentait de peu.
Faute de grive, on mange un steak de soja n'est-ce pas...
L'Homme est aujourd'hui trop souvent considéré comme quantité négligeable.
On regarde plus souvent son chien que lui et il m'arrive de penser que certains ont plus de considération pour une vache qu'ils n'ont jamais vue que pour la vieille dame qui promène son chien...
07:00 | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : le goût-lakevio, l'écorché, steack


