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26/06/2017

Une histoire vraie.

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Vous ne me voyez pas.
Je suis toute petite, impatiente, chapeautée et gantée.
J'attends, j'ai les yeux fermés alors ils pensent que je dors.
Que c'est le grand âge, l'air de la campagne.

Je ne dors jamais bien à la campagne.
Je suis une vieille dame qui a vécu les huit premières années de sa vie à la campagne.
Pas la campagne des Parisiens, non la campagne de la vie des enfants placés dans une ferme.
La vie des enfants sans nom.
Les enfants des filles perdues engrossées par un fils de famille.

J'ai cassé la glace de la bassine pour me laver l'hiver.
J'ai eu froid.
J'ai travaillé durement dans les champs.
J'ai appris à lire et à écrire toute seule.

Un jour, je suis partie à Paris.
Et j'ai travaillé, travaillé, travaillé.
J'ai acheté la maison et les champs, je les loue.
On ne peut pas me gruger, je connais le travail de la ferme.

J'aime Paris de toutes mes forces.
La guerre a volé mon fils, le petit dernier.
Elle a volé ma fille partie s'installer au Maroc.
Il m'est resté l'aîné, le beau parleur, celui qui plaît aux femmes avec sa grande taille et ses yeux bleus.
Il me reste un fils et Paris, alors la campagne et les bancs moussus, je vous les laisse du moment qu'ils me rapportent de l'argent.

Commentaires

Non mais, on ne va pas te la faire hein .
D'ailleurs devant une telle véhémence, on n'oserait même pas !!

Écrit par : Sophie | 26/06/2017

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C'était mon arrière grand mère , elle portait chapeau et gants, et n'aimait pas la campagne.

Écrit par : heure-bleue | 26/06/2017

J'avais bien compris que ce n'était pas toi, je jouais le jeu. Mais par contre, pas saisi que ça te touchait de si près.

Écrit par : Sophie | 26/06/2017

On dirait que cette vie plus que dure a forgé le caractère de la petite dame impatiente qui ne s'en laisse pas compter. Tenir, quoiqu'il advienne. j'aime beaucoup même si cela évoque pour cette dame de terribles souvenirs d'enfance.

Écrit par : lakevio | 26/06/2017

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Tu te rends compte ?
Tu me parles de ton arrière-grand' mère depuis que je te connais.
Tu avais 17 ans quand elle est morte et tu ne t'en es jamais vraiment remise.

Écrit par : le-gout-des-autres | 26/06/2017

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Au début, on aurait pu penser que tu parlais de toi. Et puis, on lit la suite. D'où l'intérêt de ne pas sauter des lignes.
Tu sais que dans mon village, dans les villages du Morvan, il y avait beaucoup d'enfants placés venant de Paris. C'est vrai qu'ils ont eu la vie dure, et peu d'amour. Tout bénef pour ces paysans très pauvres, l'argent de l'Assistance publique et de la main d'œuvre bon marché. Bon, je raccroche, ma mère est au bout du fil.

Écrit par : julie | 26/06/2017

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C'est triste par ici, tu en fais bégayer Julie !

Écrit par : Praline | 26/06/2017

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Ah oui triste et rude mais la vie de cette époque aussi pour certains.

Écrit par : mab | 26/06/2017

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une tranche de passé bien dur... qui semble te toucher encore (aux dires du Gout!)

Écrit par : Coumarine | 26/06/2017

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Dure vie qui lui a forgé un fort caractère.
Pas étonnant qu'elle ait fui la campagne!

Écrit par : Fabie | 26/06/2017

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Je comprends ton commentaire chez moi...
j'ai juste loupé le coche.
Toi non en revanche ! trop beau, ton texte.Et très émouvant. :-)
¸¸.•*¨*• ☆

Écrit par : celestine | 26/06/2017

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Une toute petite dame qui a su prendre sa revanche ......la vie était si dure pour les enfants à cette époque à la campagne !

Écrit par : Colette | 26/06/2017

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Un départ dans la vie qui vous forge pour la lutte. Pas facile de laisser place à la tendresse, surtout quand la vie continue à vous filer des coups...

Écrit par : La Baladine | 26/06/2017

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Ton texte m'a serré le coeur et j'avais bien deviné qu'il ne s'agissait pas de toi, mais de quelqu'un qui te touchait de près.
Pour fouiller dans les archives depuis plus de 45 ans, je sais combien la vie des filles engrossées par les maîtres était difficile, et les curés sadiques enregistraient l'acte de baptême du petit illégitime en retournant le registre pour écrire à l'envers. C'étaient les victimes, mère et enfant, qui étaient mises au ban de la société, alors que les responsables gardaient le "haut du pavé"... si j'ose dire, puisqu c'est surtout à la campagne que cela se passait !
Quelle belle revanche elle a eue, même si elle s'est endurcie par les difficultés auxquelles elle a eu à faire face...
Tu lui rends un bel hommage à cette aïeule.

Écrit par : Gwen | 26/06/2017

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on dirait une femme dure et pragmatique, devenue ainsi à cause d'un douloureux vécu. Une femme forte.

Écrit par : Adrienne | 26/06/2017

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Je rebondis sur ta réponse à Julie chez Le Goût. Ton A-g-mère a été placée dans un "tour". Tu devrais pouvoir retrouver l'acte qui en fait mention... et c'est très émouvant, parce qu'on y note tous les détails des vêtements et objets que porte l'enfant. On lui attribue aussi un prénom et un patronyme... et là, c'est la loterie, parce que si certains responsables cherchent des patronymes courants, d'autres se sont visiblement amusés à les affubler de noms ridicules, et c'est du sadisme !
Deux personnes de ma parentèle ont des ancêtres "nés" ainsi. Le Breton du Poher a été nommé Hérop, et l'autre (dans le Nord) a été nommé Vouter, anagramme transparente... Ton aïeule a-t-elle eu un nom "portable" au moins ?

Écrit par : Gwen | 26/06/2017

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elle a eu une belle revanche ... mais une enfance tellement dure! Avec tes phrases tellement concises tu nous expliques bien tout cela et l'on sent bien que tu devais bien l'aimer ... l'admirer ?
Je pense que tu as hérité de sa nature battante.

Écrit par : emiliacelina | 27/06/2017

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Dites madame, le banc devant votre maison, est-ce que vous ne voudriez pas me le vendre ? Je me disais que peut-être, par rapport à ce que vous ne venez pas souvent à la campagne... Moi, il me serait bien utile ; c'est qu'on ne trouve plus de telle pierre par ici. Alors, qu'est ce que vous en dites ?

Écrit par : Véro | 28/06/2017

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Je suis juste passée te lire...

Écrit par : Gwen | 30/06/2017

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